Petit manuel facebook à l’usage des entreprises : la visibilité

La reprise, c’est pour bientôt ! C’est le moment de bien soigner votre communication ou de vous y mettre si vous étiez jusque-là réfractaire.

J’ai à mon actif la gestion de plus de quinze pages Facebook. J’utilise cet outil tous les jours, je le connais bien. En ces temps si particuliers, j’ai eu envie d’apporter ma contribution et mon soutien sous forme de conseils.

La semaine dernière, je vous ai donné quelques clés pour bien organiser vos contenus sur Facebook, pour leur donner du sens. Pour la majorité d’entre vous, vous avez bien saisi le fonctionnement global de Facebook. Je vous apporte aujourd’hui un peu de lumière quant à ses subtilités ; elles donneront à votre page une dimension plus professionnelle. Et en ce moment, être professionnel, c’est vraiment vital !

Soigner votre image, être visible

Choisir votre photo de profil

. Privilégiez votre logo pour la photo de profil de votre page. Vous allez peut-être constater que votre logo ressort mal dans un cercle, qu’une partie est coupée ; c’est tout l’intérêt d’ailleurs de faire appel à un professionnel pour la création de votre logo ; il veillera à ce qu’il soit compatible pour tous les supports, ou vous livrera différentes versions pour chacun d’eux.
En exemple ici à gauche, le logo de La Maison à Saint-Pol-de-Léon que j’ai dessiné. Remarquez que le logo sur fond coloré sort bien mieux qu’un logo sur fond blanc ; il attire l’œil et donc potentiellement le clic. N’hésitez pas à demander à votre agence deux versions de votre logo : une sur fond blanc, une autre sur fond coloré.


. Évitez de mettre une photo de votre boutique ou de vos produits , la taille prévue par Facebook à cet emplacement dévalorisera votre espace et aura tendance à créer le doute. Par exemple, si vous vendez des lunettes, évitez de mettre une photo de modèles. Ça ne pose en rien vos spécificités, ni votre identité (des lunettes, on en vend chez tous les opticiens, même si les modèles que vous proposez sont différents, la photo est bien trop petite pour que les internautes s’en rendent compte !).

. Si vous vous travaillez seul, vous pouvez choisir l’option du portrait. Après tout, votre entreprise, c’est vous. Veillez à choisir une photo plutôt sympa qui mette en valeur vos qualités (en bref, évitez les photos de lendemain de fête ou d’après épisode gastro).
Si vous êtes plus d’un dans l’entreprise, le mieux est d’utiliser votre logo.


Choisir une photo de couverture

. Là, en revanche, on a une taille intéressante d’image ; vous pouvez y mettre la photo d’un produit ou de votre boutique. Mon conseil, changez-la régulièrement, ça se remarque, ça crée du buzz, ça peut être l’occasion de parler d’un nouveau produit.

Un exemple des bonnes pratiques : le logo en photo de profil, une photo plus globale en couverture. Elle donne le ton, l’ambiance, vise à mettre le ou les produits en avant. Ne vous dévalorisez pas si vos photos n’égalent pas celles d’une grande marque… ce qui compte, c’est de respecter les bonnes pratiques et de limiter la casse en matière de choix de photo. Appelez-moi si vous avez besoin d’un conseil !

. Vous pouvez également faire passer un message et composer une photo avec du texte. Mais attention, ça doit rester une accroche, je vous déconseille d’en écrire des tartines, personne ne lira parce que ce sera too much et trop petit ! Un bon exemple : « -30% sur Mellow Yellow jusqu’au 5 juin ». Utilisez les petits outils de modification d’image de votre smartphone, ça peut suffire si vous veillez à écrire gros et que vous choisissez une typo bien lisible !

Un exemple avec la boutique de prêt à porter morlaisienne ATTITUDE qui profite de ce grand espace de couverture pour proposer une offre commerciale.

Gagner en audience

Créer votre nom d’utilisateur

. Ce nom va servir aux autres utilisateurs de Facebook pour vous citer dans leurs publications et créer un lien vers votre page. Une fois publié, votre texte courant apparaît en noir, les liens vers d’autres pages en bleu. Cette différenciation de couleurs permet aux lecteurs de repérer immédiatement les liens, et par conséquent de les amener à cliquer dessus. Si vous n’avez pas le « nom d’utilisateur », le lien ne peut pas se faire.

. Il se trouve juste en dessous de votre nom de page, en haut à gauche. Cliquez sur « créer un nom d’utilisateur de Page @ ». Attention au nom choisi pour votre page ! « Je suis allée déjeuner au Tempo, le burger était fabuleux ! » Si votre nom de page est Le Tempo, vous allez vous retrouver avec des phrases vraiment pas terribles du type : « Je suis allée à Le Tempo, le burger était fabuleux ! ».

. Pas d’espaces dans votre nom d’utilisateur. Par exemple : MementoAssurances. Vous pouvez utiliser des majuscules, pour une lecture plus facile, mais ce n’est vraiment pas obligatoire.


Citer les pages de vos amis en utilisant le nom d’utilisateur

. Vous souhaitez citer une entreprise partenaire ; c’est mieux si elle a son nom d’utilisateur.
. Commencez à rédiger votre texte, puis indiquez à Facebook que vous allez citer une autre page en appuyant sur la touche @ de votre clavier, puis en indiquant le début du nom d’utilisateur de la page que vous souhaitez citer. Ici, j’ai commencé un post avec la ferme intention de citer le magasin Maison, j’ai juste tapé les première lettres, un menu se déroule avec plusieurs propositions détectées. Je repère la page (le logo noir, vous vous souvenez ? Il est bien visible aussi dans cette liste, facile à repérer !), je clique dessus et le tour est joué : je continue de rédiger le texte de ma publication, je publie.


Utilisez le #

Vous avez surement déjà repéré une liste de mots (souvent indiqués en fin de post). Ils correspondent à des thématiques, des catégories. A quoi ça sert ?
D’abord ça peut permettre d’ajouter de la clarté au message. Par exemple dans le post suivant, j’ai indiqué #plougasnou #patrimoine #explorateur. Le premier # indique à mon lecteur que le travail évoqué dans mon texte concerne la commune de Plougasnou, le second donne une information sur le thème, le dernier sur la cible.

Ensuite, le # est un lien ; concrètement, ça veut dire que c’est cliquable. Si vous cliquez sur le #plougasnou, Facebook va vous proposer toutes les pages qui parlent de Plougasnou :

C’est de la visibilité en plus, donc !

Vous avez surement repéré des pages où il y a beaucoup de #. Je vous le déconseille. Les # à outrance vont attirer de nouveaux likes, mais qui ne seront pas très intéressants pour vous. Si vous voulez développer une clientèle « qualifiée » (C’est à dire, une clientèle potentiellement susceptible de venir consommer chez vous), choisissez plutôt quelques mots pertinents qui permettront à votre lecteur de vous situer. Vous vous souvenez des rédactions quand vous étiez à l’école ? On vous a sans doute appris comme à moi à situer le contexte dans vos introductions en répondant aux questions QUI ? QUOI ? OÙ ? Et bien sur Facebook, c’est pareil ! Les # peuvent vous permettre de définir en un coup d’œil ce contexte.

#Burger #Morlaix #RecetteFromage
Ces # apportent un complément d’information à votre publication et disent que votre restaurant propose aujourd’hui des burgers, que c’est à Morlaix et qu’aujourd’hui, la recette s’adresse plutôt aux amoureux du fromage.


Invitez vos amis à liker votre page

. Rendez-vous dans la colonne de droite, jusqu’à ce que vous tombiez sur l’encart  » Communauté ». Ça ressemble à ça :

Cliquez sur « invitez des amis », puis déroulez le menu, cliquez sur « tous mes amis » puis cochez à droite « Tout sélectionner ». Enfin, validez votre demande en cliquant sur « Envoyer des invitations ».

Tous vos amis sont cochés à droite. Vous avez également la possibilité de trier en sélectionnant ceux que vous souhaitez inviter. C’est plus long et un peu rébarbatif, mais parfois préférable.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! C’est déjà assez dense !

Une question, un conseil ? Appelez-moi, ou envoyez-moi un petit mail.
Je prendrai le temps d’une réponse personnalisée.

Le chantier naval Jézéquel Entreprise du patrimoine vivant

Le Kein Vor II, le J25 du « Marquis », construit au Chantier ©Violaine Pierret – Carantec – 2017


Les entreprises, leur histoire, leurs acteurs participent à l’attractivité du territoire au même titre que le tourisme, la qualité de vie, le tissu associatif, le patrimoine…
J’ai souvent évoqué, dans mes articles et dans la présentation de ce site, la nécessité d’aborder le territoire sous l’angle de la globalité.
Au Chantier Naval Jézéquel, la connexion entre économie et patrimoine est évidente.


J’ai une affection particulière pour la famille Jézéquel qui m’a confié à plusieurs reprises le travail de communication de cette entreprise familiale de renom. Le chantier naval Jézéquel a bâti sa réputation sur un savoir-faire transmis de père en fils depuis quatre générations. Il est aujourd’hui situé en bordure de rivière à Saint-François (Saint-Martin-des-Champs, près de Morlaix), mais il est reconnu comme un chantier carantécois, car c’est dans ce petit port du Nord Finistère que l’essentiel de son histoire s’est jouée.
Lorsque j’ai travaillé sur la réalisation du site web du chantier, j’ai épluché avec Françoise Jézéquel un carton rempli de trésors correspondant à un siècle d’histoire, une ancienneté qui a valut au chantier d’obtenir en 2017 le Label Entreprises du Patrimoine Vivant.

Qu’est-ce que l’EPV ?

Le label d’État Entreprise du Patrimoine Vivant est la seule distinction qui vient récompenser et encourager l’excellence française, reposant sur la maîtrise avancée de savoir-faire rares, renommés ou ancestraux.
Le label est né en 2005, les premières labellisations ont été attribuées en 2006. En France, 1 400 entreprises portent les couleurs de ce label.*

*à découvrir bientôt sur le blog, mon reportage sur la maison Chancerelle, sardinerie de Douarnenez, qui a obtenu le label EPV en juillet 2019

Un siècle de savoir-faire au Chantier Jézéquel

L’histoire de ce chantier commence pendant la guerre de 14-18, très loin des côtes finistériennes, au milieu de la mer Égée, sur l’île de Corfou (en Grèce). Alain Jézéquel s’est engagé dans l’armée, il est charpentier ; on l’affecte à la réparation des bateaux. Il y rencontre Eugène Moguérou, un Carantécois. A la fin de la guerre, ils sont amis, ils partagent la même passion de la mer et des bateaux, il décident de s’associer.

Du bateau à usage professionnel au bateau de loisir

La pêche et le transport légumier sont des préoccupations vitales en ce premier tiers du XXe siècle. Le savoir-faire du chantier s’oriente essentiellement vers la construction à usage professionnel. La voile de plaisance se développe en baie de Morlaix ; Eugène Moguérou décide d’orienter son chantier vers la construction de voiliers, un choix qui sera superbement développé par la famille Jézéquel.

Carantec – Le Port 1927 – Le hangar qui fait partie aujoud’hui du paysage n’existe pas encore mais on devine la silhouette d’une coque en construction.

D’Alain à Jean-Marie, quatre générations de constructeurs

Au chantier débute une ère de construction navale de loisirs. Brix, Dervin, Sergent, Cornu, ces architectes navals de renom verront leurs plans se concrétiser dans ce petit chantier carantécois. Alain (première génération) a depuis déjà longtemps transmis la fièvre à son fils Georges. En 1937, Georges (seconde génération) commence son apprentissage ; il reprend les rênes du chantier en 1952. Lui aussi transmet à son fils Alain (troisième génération) la passion de la construction navale. Après l’école, Alain s’initie – sous l’œil attentif de son père – à ses premiers apprentissages : calfatage sur des caisses de bois, pose des rondelles sur les pointes de rivets, puis participe de plus en plus activement aux chantiers. Il construit avec son père le cotre Bonne Espérance, dessiné par son frère Olivier, puis des unités de la série Prima, des Dauphin.
En 1985, il reprend le chantier et construit des canots de 4,10 m, des Cat Boat, des Cormoran, des Bernache etc

La famille Jézéquel est une famille de marins, une tribu de passionnés. Jean-Marie (quatrième génération), né en 1986, navigue très jeune avec son grand-père et son père. Naturellement, il s’oriente vers le métier, en passant d’abord un CAP filière bois et matériaux associés, et en faisant parallèlement son apprentissage au chantier familial.

2017 : le chantier obtient le label Entreprise du Patrimoine Vivant

Jean-Marie reprend l’entreprise en 2016 et monte un dossier de demande de labellisation EPV. Un an plus tard, l’exception du savoir-faire du chantier est reconnue.

« C’est une vraie reconnaissance, une marque de qualité et un gage de pérennité dans ce métier qui devient rare. J’en suis très heureux, c’est une grande satisfaction sur un plan professionnel bien sûr, mais aussi familial. »

Sans nul doute, le Chantier Jézéquel produit des unités d’exception. La qualité est restée la même, le métier a su rester authentique, la passion et le savoir-faire ont traversé les décennies, avec le même soin, la même excellence.
Le chantier fait d’ailleurs l’objet de nombreux articles dans la revue spécialisée dans le patrimoine maritime Le Chasse Marée.

A quoi sert cette labellisation ?

Faire partie des EPV, c’est aussi évidemment participer à la conservation du Patrimoine, voire des Monuments Historiques. Le Chantier Naval Jézéquel s’est vu confier à plusieurs reprises la restauration de navires classés. Histoire singulière, Phébus, construit en 1932 au chantier, y revient en 2005 dans un état dramatique :

« Restaurer un bateau classé Monuments Historiques nécessite un savoir-faire ancestral, et une connaissance infaillible de la construction navale traditionnelle. Quand on restaure un voilier classé, on a une grosse responsabilité ! Et c’est sans aucun doute cette passation de savoir-faire qui permet tout cela !. »

1932, Phébus, dessiné par l’architecte Victor Brix, sort du Chantier. © Archives familiales
Retour au Chantier en 2005 : trois ans de travail seront nécessaires à sa remise en état. © Archives familiales
2005, les dégâts sont considérables.
© Archives familiales
Trois ans et quelques milliers d’heures de travail plus tard, Phébus retrouve son élément. Il est remis à l’eau en 2008.
© Archives familiales

Vers la continuité

C’est aussi ce savoir-faire d’exception qui permet aujourd’hui la mise en chantier d’un nouveau Cormoran, dessiné par Olivier Jézéquel qui devrait pouvoir naviguer au printemps 2020.
Cette construction originale et néanmoins approuvée par la jauge a d’ailleurs fait l’objet d’un article dans la revue Chasse-Marée.

Rencontre avec une famille zéro déchet

Je me souviens, à mon arrivée en Bretagne, en 2004, c’était le début des sacs jaunes. Un monsieur était passé à la maison pour faire un peu de pédagogie et nous expliquer comment trier.
Aujourd’hui, le Finistère Nord est doté d’un centre de tri ultra moderne (Plouédern) qui a la capacité de traiter 30 000 tonnes de déchets par an. Cette quantité non négligeable (correspondant aux déchets de 500 000 habitants) devrait être amenée à baisser dans les années à venir ; la prise de conscience sur le devenir de la planète s’opère petit à petit, les pouvoirs publics communiquent de plus en plus sur les bonnes pratiques à adopter pour réduire son empreinte écologique.
Le zéro déchet en fait partie.

Je suis allée à la rencontre de Sabrina Toudic Foussard, adepte du zéro déchet à la cool. Elle a débuté le défi il y a un peu plus d’un an. Son crédo : inciter et encourager les familles désireuses de passer le cap, sans culpabilité, tout en douceur. Elle m’a reçue chez elle à Plouegat Moysan.

Sabrina Toudic Foussard dans la pièce maîtresse du Zéro Déchet : la cuisine.

Une prise de conscience, le déclencheur

À la naissance de son premier enfant Etann, Sabrina prend conscience de l’importance d’une nourriture saine et équilibrée. Elle se tourne vers les produits Bio, elle commence à préparer des petits pots maison avec des légumes frais. Du coup, elle et son compagnon se mettent eux aussi à manger mieux, entament une réflexion autour de l’agriculture bio, des produits de la filière vendus en grande surface, paradoxalement sur-emballés.
Par ailleurs, Sabrina aime bricoler, fabriquer par elle-même ; d’ailleurs, elle et Nicolas ont construit leur maison tout seuls, en deux ans. C’est dire !
Très active dans les associations locales, Sabrina confectionne des petites décos avec de la récup’ pour les marchés de Noël organisés par l’école.

Les débuts

Sa réflexion fait son chemin. Petit à petit, elle ponctue son quotidien de nouvelles pratiques. Au début, c’est encore un peu timide. Sabrina travaille dans une coopérative agricole, elle y est chargée de communication et très occupée. « J’étais à fond, j’avais besoin de prendre du temps pour moi, de passer à autre chose, de m’investir dans un domaine qui porte mes valeurs, alors j’ai quitté l’entreprise avec la ferme intention de me lancer dans le défi Familles Zéro Déchet ».
Quand Sabrina en parle à Nicolas, sa première réaction est plutôt réticente. Il craint le côté excessif « écolo dingo ».

Début 2019, la famille Toudic-Foussard est dans les starting-blocs : elle reçoit les conseils de Morlaix Communauté qui va l’accompagner pendant six mois. « Au début, on fait un bilan, un état des lieux avec nos habitudes ; nos déchets font l’objet d’une première pesée, par contenant : vert, jaune, noir. On nous donne des conseils ».
Pendant cette période, Sabrina s’inscrit aussi aux ateliers proposés par Morlaix Communauté : le goûter zéro déchet, la découverte des plantes, la fabrication des cosmétiques…

Six mois plus tard, le conseiller revient, pèse de nouveau les déchets. « Il y a un côté challenge, on s’est pris au jeu, en famille, et Nicolas qui était le plus réticent d’entre nous a complètement changé ses habitudes, sans s’en rendre compte. »

« Ce qu’on aimerait dire aux gens qui hésitent, c’est qu’il faut faire petit à petit, gentiment, avancer à son rythme en conservant ses libertés »

Une démarche globale

Changer sa manière de consommer

La famille Toudic entreprend de supprimer les emballages, et pour cela il faut consommer différemment : « On a commencé à acheter en vrac ; j’ai appris dans un atelier de Morlaix Co à fabriquer des sacs en toiles pour mettre mes achats de légumes et puis j’en ai acheté de plus petits, dans lesquels je mets des aliments secs comme la semoule, les lentilles. »

Un sac fabriqué par Sabrina lors d’un atelier aux Chiffonniers de la Joie.

A la maison, il suffit ensuite de verser les aliments dans un bocal. Le verre, c’est sain et durable, d’ailleurs chez Sabrina, il y en a un peu partout dans les placards.

« C’est une organisation différente, mais on s’y fait vraiment très vite ! »

Quand Sabrina part faire ses courses, elle prend son cabas : il contient une bouteille en verre pour acheter du jus de pomme ou du vinaigre, des sacs en toile pour les légumes. Parfois, elle fait son propre jus de pomme.
Le lait, elle l’achète tous les samedis à la ferme, en pot de 5 litres. Elle privilégie toujours le commerce ultra local pour favoriser les circuits courts.
Et puis, il y a les animaux, quand on habite à la campagne ce serait dommage de s’en priver, et en plus, c’est drôlement efficace pour plein de choses : les poules mangent toutes les épluchures de légumes et donnent des œufs, avec lesquels on peut faire des gâteaux, des crêpes, des gaufres… terminé les biscuits emballés !
Les chèvres tondent la pelouse : plus de tondeuse, plus de déplacements aux lieux de collecte des déchets verts.

Je suis accueillie par trois chèvres et quelques poules rousses qui semblent s’entendre à merveille. Les poules ont coûté 2 € ; ce sont des poules de réforme. Au bout d’un an, les éleveurs s’en débarrassent, jugées trop vieilles ou moins productives. Si on leur donne du grain, elles continuent de pondre sans problème. Et quand elles pondront moins, elles seront toujours très friandes des épluchures.

Changer ses produits d’entretien et de cosmétique

Une maison saine, c’est aussi une maison qui se vide des innombrables flacons et autres contenants. L’entretien de la maison se fait avec un produit unique composé de vinaigre blanc et de quelques gouttes d’huile essentielle de lavande. Un flacon en spray à chaque étage et zou !

Pour la salle de bain, Sabrina a opté pour le shampoing sec et le savon traditionnel de Marseille : ça dure longtemps et il n’y a plus d’emballage.
Le dentifrice, c’est de l’huile de coco, hyper efficace.

« Paol, qui n’a que cinq ans, est toujours au dentifrice à la fraise acheté en grande surface, on avance à petit pas, sans se prendre trop la tête, sans culpabiliser. Quand il sera prêt, on aura franchi une petite étape supplémentaire. Je crois que c’est comme ça qu’il faut faire pour passer le cap en douceur ! »

Sabrina est la seule femme de la maison ; pour ses protections menstruelles, elle a choisi la serviette en tissu.
« Ce n’était vraiment pas le cap le plus facile à passer mais j’en ai trois ; ce n’est pas suffisant, il faut que j’investisse dans deux voire trois de plus. Je les lave à la main pendant la période et en machine après. J’ai deux serviettes et une culotte Réjeanne que je trouve vraiment super bien ».

Nicolas fabrique son propre gel, avec de l’eau, de la gélatine alimentaire, un peu d’huile essentielle pour parfumer légèrement. Il a aussi instauré la lessive de cendre : « On récupère la cendre du poêle, on la met dans un récipient avec de l’eau, on laisse tomber la cendre, on filtre, on ajoute quelques gouttes d’huile essentielle de lavande et le tour est joué. Ça marche aussi bien qu’une lessive industrielle et c’est quasiment gratuit ».

Le zéro déchet, ça change quoi ?

Sabrina est très objective sur la question. Ce n’est pas toujours facile d’entamer cette démarche, de s’y tenir. Le jugement des autres est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à gérer. « Au début, on m’appelait Madame Bio, c’était assez moqueur et en plus très réducteur, et puis les amis se sont habitués ; la plupart font aujourd’hui des gestes quotidiens pour diminuer leur impact sur l’environnement. On en a même qui viennent de commencer le défi ! ».

Mais les bienfaits sont immédiatement palpables. Pour Sabrina, on se concentre sur l’essentiel, on se sent bien chez soi, on vit différemment avec un objectif : le bien-être. Et puis, on est heureux et fiers de soi.

« On se sent mieux, on a fait du vide dans la maison, ça fait un bien fou ! »

Dans la bibliothèque de Sabrina

Famille Zéro Déchet, ZE Guide. Jérémie Pichon. C’est le livre de chevet de toute famille désireuse de débuter le défi ! Ça déculpabilise avec humour et donne des conseils vraiment judicieux !
Thierry Souccar Édition
Secrets et Vertus des Plantes Médicinales.
Le zéro déchet passe aussi selon Sabrina par la médication. Elle a appris à utiliser les plantes pour soigner les petits bobos. L’huile de Thym ou d’ail sont particulièrement efficaces pour soigner les petites infections virales.
France Loisirs
Des Légumes toute l’année.
Sabrina et Nicolas ont investi dans une serre où ils font pousser toutes sortes de légumes.
Rustica Édition

Quand l’art et l’urbanisme se croisent

Quand les Créatifs de la Baie ont ouvert les portes de leurs ateliers fin mai 2019, je suis allée voir le travail de Charles Vergnolle, allias « La Raviverie », au numéro 34 de la rue Basse à Morlaix. Peut-être aviez-vous, comme moi, découvert son travail sur les réseaux sociaux ? J’ai eu envie d’en savoir plus sur sa démarche de plasticien et son évidente réflexion autour des questions d’urbanisme et d’attractivité de la ville.
Rencontre avec Charles Vergnolle.

Morlaix, un choix pour une nouvelle vie

Charles Vergnolle est un citadin. Quand il a décidé de quitter la région parisienne, il ne savait pas encore où ses pas le mèneraient, certainement dans une cité à taille humaine, nécessairement dans une ville d’architecture et de patrimoine médiéval, peut-être proche du littoral aussi, définitivement desservie par le TGV. Alors, en cherchant sur le net avec tous ces critères, il est tombé sur Morlaix, il est venu voir, il a eu un coup de cœur.

Charles Vergnolle y a posé ses valises il y a un peu moins de deux ans. Il s’est installé dans une petite maison rue Basse dans laquelle il consacre le rez-de-chaussée à son activité de plasticien, un atelier qu’on aime forcément découvrir, peut-être encore plus quand on a gardé son âme d’enfant.

Les arts plastiques comme témoin de l’histoire

Charles est un plasticien romancier si l’on peut dire : il peint des morceaux d’histoire, en s’inspirant de photos qu’il a prises, parfois d’autres documents. Je repère une drôle de toile accrochée dans un coin de son atelier, elle représente un billet de banque, elle raconte le soulèvement des esclaves noirs en Jamaïque, les pièges tendus aux soldats anglais : « Les Anglais sont les premiers à avoir abandonné la colonisation, parce qu’ils n’arrivaient pas à faire face à tous ces actes de rébellions ».

Sur cette autre toile, une scène de motards. Que font-ils, quelle est cette ambiance explosive que l’on ressent dans ce tableau ? « On est en Martinique en 2009, lors des grandes grèves, le peuple est dans la rue, il cherche à se faire remarquer des autorités dans le but de faire diversion, pendant que d’autres pillent les supermarchés, la vie était devenue tellement chère, les habitants ne pouvaient plus vivre décemment. »

Et puis aussi, dans cet atelier de la rue Basse, il y a Morlaix. On se sent à mi-chemin entre les arts plastiques et l’architecture.

La ville vue par Charles Vergnolle

Son travail reflète certainement son goût pour l’architecture et les maisons de ville à colombage. On y perçoit toujours cette lumière – jusque-là très présente dans ses peintures de la période martiniquaise – qui apporte une dimension presque exotique à ses séries. C’est Morlaix vu par un voyageur. 

Et puis aussi, il traite la ville en volume, avec des enchevêtrements de maisons, créés à partir du cadastre, de Google Earth, de photographies. Nulle prétention de perfection dans ce travail, Charles n’aime pas la perfection, elle l’ennuie. Il se souvient d’ailleurs avec précision de cette remarque d’un de ses professeurs des Beaux-Arts : « Votre plus vilain défaut, c’est la négligence ; mais c’est aussi votre plus grande qualité ». Depuis, il la cultive, cette négligence, il l’intègre dans son travail, parce que c’est sa façon d’être et qu’elle apporte une dimension artistique intéressante. Ses partis pris plastiques : une découpe du carton irrégulière, des morceaux d’adhésif non dissimulés, un support imparfait.

En cours de réalisation, une ville utopique, bâtie sur une base circulaire, faite de souterrains et de tunnels.
La Tour de Babel de Peter Bruegel est certainement bien plus qu’une simple tour ! J’y vois des similitudes avec le travail de Charles Vergnolle, et encore plus depuis que j’ai discuté avec lui.
Exposé à la Manu, le quartier Saint-Mathieu vu par Charles Vergnolle : « J’avais hérité d’un carton de vieux rails et de trains électriques que mes parents avaient gardés de mon enfance. J’ai eu envie de partager cet univers avec mon fils, on a alors construit notre maison en carton, puis je me suis pris au jeu, j’ai fabriqué la maison voisine, puis les maisons de ma rue, puis des rues d’à côté, et ainsi de suite… » En arrière plan, une toile du peintre morlaisien Hervé Chateau.

Morlaix, demain : une réflexion sur l’avenir 

Son intérêt pour Morlaix l’amène aussi à porter une réflexion sur le devenir de la ville. Selon lui, il faut faire revivre la ville avec des lieux de rencontre et de partage. Pourquoi ne pas transformer la place Allende en lieu de vie, avec des terrasses de cafés, des paniers de baskets, des aires de jeux, des gradins pour des spectateurs ? « J’ai entendu des gens me dire qu’il n’y avait pas assez de parkings à Morlaix, je pense pour ma part qu’il y en a trop ! A Bordeaux, bien que la dimension ne soit pas comparable, la problématique a longtemps été similaire : on avait trop de parking. Dans les années 90, la municipalité en a pris conscience, et les a supprimés en hyper centre pour faire des lieux piétons, pour redonner aux places leur esprit d’autrefois. Et ça a marché ! Aujourd’hui, Bordeaux a des rues piétonnes, des places pleines de monde ! ».

Il faudrait aussi – selon lui – mettre en avant cette extraordinaire émulsion artistique, voire « se positionner comme une ville d’artistes, d’artisans d’art, en jouer, se présenter comme une ville bretonne d’art, comme à Pont-Aven ! Ca pourrait passer par des aides ou des subventions pour que les artistes puissent s’installer en galerie-atelier dans le centre-ville, et la Manu pourrait servir de lieu d’exposition pour tous ces gens-là, comme ça a été admirablement commencé avec les Créatifs de la Baie en décembre dernier »

Pour Charles, la transition de la mobilité n’a pas été faite à Morlaix. Il y vit sans voiture et se déplace à pied ou à vélo. « Il faut réenvisager sa manière de se déplacer mais c’est vrai qu’à Morlaix, il manque des pistes cyclables ou des aménagements de déplacements doux. Je trouve hyper intéressant le travail réalisé par l’association « Ici » sur les aménagements des berges de la rivière, et je pense non seulement que c’est réalisable mais que c’est porteur ! »

Les Jeannettes, l’épicerie éco-responsable

En 2012, j’allais à la rencontre des commerçants de la commune de Carantec pour leur proposer de créer un site web qui les référence et les valorise avec justesse. J’étais déjà sensible à l’éthique, à l’environnement, à l’approvisionnement en local, j’avais proposé un encart « Bio Éthic Écolo ». Les commerçants ne communiquaient pas encore sur ces valeurs. Ensemble, on a fait un gros travail, on a construit un bel outil de communication. La preuve, trois ans plus tard, à la demande de la CCI, le concept se déclinait pour Saint-Pol de Léon.

Cette valorisation du petit commerce me tient toujours à cœur. J’ai toujours envie d’aller à la rencontre des acteurs de mon territoire, de ceux qu’il faut encourager, de ceux dont la démarche est admirable.
Celle de Pauline et Chloé, fondatrices de l’Épicerie des Jeannettes l’est de toute évidence.

La genèse : un road trip en Nouvelle Zélande

Pauline a voyagé en Nouvelle Zélande, elle a sillonné les routes de ce pays lointain à bord de son van. « On a une approche tout de suite beaucoup plus écolo quand on vit dans une si petite maison : la poubelle prend vite de la place, sent vite très mauvais et on ne peut pas toujours s’en débarrasser quand on veut ». Alors, m’explique Pauline, « on commence à faire gaffe, à faire ses achats aussi en fonction des déchets que ça va générer. Pareil pour l’eau, on ne la gaspille pas, on la gère avec intelligence, on s’adapte à cette denrée finalement assez rare. La douche ? Pas tous les jours, par mesure d’économie. Un toilette de chat suffit bien souvent. »
Et de kilomètres en kilomètres, notre Pauline adopte un nouveau mode de vie.

Les débuts des Jeannettes

Au retour à Morlaix, forcément, Pauline ne voit plus les choses comme avant. Avec sa copine Chloé, elle décide de lancer son premier cri d’appel pour sensibiliser le public, avec un petit fanzine pédagogique qui donne des clés pour bien consommer, pour bien recycler.

Le projet d’une épicerie de proximité voit le jour

Après neuf mois de préparation, l’épicerie ouvre ses portes au public en décembre 2018, il y a un an tout juste. Elle ne désemplit pas, c’est preuve qu’il y a encore une clientèle pour fréquenter le centre-ville. Quand je suis passée à la boutique, il y avait du monde sans arrêt, et c’est comme ça toute la journée ! Chloé et Pauline l’ont bien compris, il y a une vraie demande, un vrai besoin. Il y a des gens qui partagent leurs valeurs.

Les aspirations des Jeannettes

La démarche des Jeannettes s’appuie sur quatre piliers fondamentaux :

  • En priorité : l’approvisionnement auprès de fournisseurs locaux, pour minimiser les excès de transports et favoriser l’économie locale, toujours avec un objectif de qualité évidemment.
Parmi les produits proposés à l’Épicerie, une grande variété de savons et shampoings secs, tous fabriqués en Bretagne.
Les légumes de saisons, ceux qui poussent bien en Bretagne viennent en partie de Plougonven.
  • En second : le produit Bio, parce qu’il respecte la terre et la santé. Pauline y est sensible, à tel point que pour sa consommation personnelle, elle fait pousser toutes sortes de légumes dans son petit potager à la campagne.

  • Et pour les produits qu’on ne peut pas fabriquer en Bretagne : des fournisseurs grossistes aux valeurs éthiques. Pauline et Chloé ont choisi de travailler avec Terra Libra : c’est en voyageant partout dans le monde que sont sélectionnés les fournisseurs de cette entreprise, en fonction de critères de respect de l’environnement et de l’humain.
  • Du recyclable, du respect de l’environnement : chez les Jeannettes, on vient avec ses petits sacs en toile ou ses bocaux. On peut aussi en acheter sur place. D’ailleurs tout le magasin a été conçu sur la base d’une réflexion autour du recyclage : ce sont les Chiffonniers de la Joie (Association de réinsertion professionnelle) qui ont travaillé sur le mobilier de l’épicerie.

Le zéro déchet et la pédagogie

Les filles des Jeannettes voient aussi leur activité comme une mission pédagogique. Depuis l’ouverture, elles organisent des ateliers pour fabriquer soi-même son propre shampoing, ses produits d’entretien ou de cosmétique. Elles font appel à des intervenants extérieurs. Les ateliers sont très fréquentés.
« Ce sont le plus souvent des femmes qui viennent aux ateliers, elles sont souvent à l’initiative des démarches Famille Zéro Déchets. On en a beaucoup parlé ces temps-ci, Morlaix Communauté est d’ailleurs à l’initiative d’ateliers sur tout le territoire, on y aurait bien participé, mais on n’a pas le temps !! »

Quelques références

  • Déo en bocal Endro (qui veut dire « environnement » en breton) : un déodorant fabriqué avec des produits naturels, conditionné dans un petit bocal en verre, fabriqué en Bretagne.
  • Les savons Natur fabriqués à Saint-Jean-Trolimon dans le Finistère composés exclusivement d’ingrédients biologiques et naturels : extraits de plantes, huiles végétales, argiles, huiles essentielles, miel, cire d’abeille…
  • Des produits cosmétiques, des brosses à dent, des lingettes démaquillantes… fabriqués par Lamazuna dans la Drôme.
  • Des légumes de saison qui poussent tout près de chez nous, à Plougonven.
  • Poder, un grossiste de légumes et de fruits Bio situé à Mespaul qui valorise la filière légumes bio bretonne et qui importe des fruits bio, aucun transport par avion.
  • Des produits laitiers de la Ferme de Brengoulou à Saint-Vougay.
  • Des pâtes de la Fabrik des 1001 pâtes à Saint-Martin-des-Champs
  • …et plein d’autres fournisseurs que je vous invite à venir découvrir à l’Épicerie des Jeannettes, Place Allende, à Morlaix.

L’implantation de Citroën à Rennes

Ci-dessus, la Janais. Photographie prise le 26 janvier 1963 par Heurtier. L’Ami 6 est la première voiture fabriquée à Rennes. Source : portail documentaire du musée de Bretagne

On l’a vu récemment dans la presse, la Région Bretagne fait campagne pour inciter à « passer à l’ouest », changer de vie, travailler autrement, dans un cadre différent. Elle met le paquet sur l’attractivité du territoire. Elle a des atouts culturels, elle offre une qualité de vie exceptionnelle, elle est riche en entreprises innovantes. Dans le domaine industriel en particulier, la Bretagne compte aujourd’hui parmi les régions les plus dynamiques de France.
Retour sur l’histoire récente de l’industrie en Bretagne.


Citroën en Bretagne, la genèse

Au début des années 50, presque tous les constructeurs automobiles français ont leurs usines en région parisienne. Citroën a déjà implanté à Rennes une usine de caoutchouc et de roulements à billes : la Barre-Thomas (1953).

A partir de 1955, l’Etat impose la construction des nouvelles usines en province, avec avantages financiers à la clé. La Bretagne fait partie d’un vaste programme de développement économique : le plan d’aménagement et de modernisation de la région s’élève à 200 milliards d’anciens francs. Seulement, on hésite, car la Bretagne est excentrée ; les infrastructures pour rallier la capitale sont insuffisantes, les trains sont particulièrement lents (pas plus de 100 km/h au début des années 60 entre Rennes et Paris !). Lorsque Citroën cherche un lieu d’implantation, Reims, Amiens, Châlons-sur-Marne et Rennes se portent candidates.
En fin de sélection, c’est Reims contre Rennes.

La région Bretagne a des atouts : elle a de la main d’œuvre à proposer. Le terrain sélectionné est idéalement situé en périphérie, sur une surface gigantesque et quasiment plate : un gros avantage qui évite des travaux de terrassement particulièrement coûteux. Et puis Pierre Bercot, le patron de Citroën a des attaches dans le Finistère. Sa préférence va naturellement à Rennes.

La proximité de la Barre-Thomas jouera également en faveur de la décision finale.

1960, installation de Citroën à La Janais

L’usine de la Janais en 1961, la première usine Citroën implantée en province.
Source Inventaire général, ADAGP

Une concentration de toutes les compétences

En 1960, l’usine de la Janais est inaugurée par le Général de Gaulle. L’année suivante débute la production de l’Ami 6, puis de l’Ami 8 et de l’Ami Super (une version plus puissante de l’Ami 8). C’est une usine de carrosserie et de montage hyper moderne. Le dessin, la conception et la fabrication se font à la Janais, une fierté pour les Bretons qui y travaillent. Dans le reportage suivant (INA), on met l’accent sur la qualité de la main d’œuvre bretonne et sur les opportunités d’emploi : « Mais savez-vous que ces voitures sont l’exemple type du produit breton ? » , « En 1969, 60% des employés sont bretons, et parmi les Parisiens embauchés à l’usine, 30 % sont d’origine bretonne. »
Citroën devient le premier employeur privé de l’agglomération rennaise

Une main d’œuvre d’ouvriers paysans

Beaucoup d’ouvriers sont aussi paysans. Les conditions de travail et la production à la ferme sont bien souvent difficiles, l’agriculture bretonne n’est pas au plus haut de sa forme. Avoir plusieurs emplois est une opportunité pour s’en sortir. Certains abandonnent la ferme pour trouver une stabilité à l’usine Citroën, d’autres combinent les deux emplois en mettant de côté, pour tenter de donner un second souffle à l’exploitation et investir dans du matériel.
Cette main d’œuvre est très appréciée des dirigeants de Citroën : les paysans sont fiables, ils ont des connaissances dans de nombreux domaines, ils sont courageux, ils s’adaptent très facilement.

Une vidéo très intéressante sur les ouvriers paysans de la Janais

L’usine de la Janais en quelques chiffres

  • 24 ha de site industriel
  • 20 km de routes et pistes intérieures
  • 18 voies ferrées pour acheminer les véhicules sur une grand ligne
  • 1 200 véhicules produits aux débuts de l’usine en 1961
  • 6 000 salariés en 1967
  • 14 000 salariés au début des années 80
  • 9 936 salariés en 2000
L’Ami 8, la GS et la Dyane sont produites sur le site de la Janais.

Sources

  • Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne : en savoir +
  • Portail documentaire du musée de Bretagne et de l’écomusée du pays de Rennes : en savoir +
  • Archives de PSA Peugeot Citroën : en savoir +

Design et économie responsable

On a beaucoup parlé durant cette dernière décennie d’éco-design, une branche du design d’objet très axée sur la recherche de matériaux issus de productions responsables (bois, caoutchouc, métal etc.), sur les questions de respect de l’humain dans le processus de création.
Pour Yannick Roualec, le design est écolo par définition. C’est même bien souvent une des raisons qui poussent ses clients à passer la porte d’Arte Diem, un magasin incontournable de 700 m2 situé en plein cœur de ville.

Yannick Roualec est un passionné d’art dans sa définition la plus large : beaux-arts, création contemporaine, jazz, théâtre, design. C’est un grand lecteur aussi. Il aime les polars, les bouquins d’art, il a le goût de la découverte. Il réfléchit au sens du monde, au sens qu’il veut donner aux choses.

Un parcours atypique

Yannick Roualec ne se prédestinait pas à des études d’art ; c’est dans un lycée technique agricole du nord de la France qu’il se retrouve après la troisième. Pas vraiment à sa place. Il en a conscience dès la première semaine de cours. Il passe son Bac Professionnel, cherche à s’orienter vers une formation d’éducateur sportif pour devenir prof de tennis, et puis, finalement, passe un bac B.
Entre-temps, Yannick a pris conscience de son appétit pour l’Art. Ses réflexions le mènent à Paris, où il intègre l’École Supérieure Internationale d’Art et Gestion.

Première entreprise à Paris

Yannick Roualec a le goût de l’indépendance : il installe sa première entreprise à Paris et propose aux Musées la création d’objets pour leurs boutiques (Réunion des Musées Nationaux, Musée de la Poste, Musée des Invalides, Paris Musées etc.), et des séries limitées pour des marques (Zippo avec une série Art Contemporain créée par Joël Ducorroy, Jérôme Mesnager, Miguel Chevalier) ; il rencontre les designers Catherine et Sigolène à l’origine de la marque Tsé Tsé… Il s’intéresse au travail de Ronan et Erwan Bouroullec. Il exposera plus tard leurs talents dans son magasin de Morlaix.

Le choix d’une implantation en centre ville

« J’ai besoin que ça bouge, que ça avance, d’avoir des projets en permanence. J’avais une attirance particulière pour la région, pas uniquement parce que j’en suis originaire, aussi pour des attachements culturels ; encore étudiant, j’avais monté une expo à Paris sur le peintre Maurice le Scouëzec pour lequel j’ai une grande admiration, c’était un projet passionnant ; 3000 œuvres avaient été retrouvées dans un grenier de Brasparts, il fallait les rendre publiques. Je crois que ce travail a renforcé ce lien avec le Pays de Morlaix »

En 1996, Yannick, originaire de l’île de Batz, recherche une ville bretonne où concrétiser un nouveau projet. Il fait le tour des villes du Finistère ; c’est important pour lui de s’implanter en centre ville, c’est le premier signe de son engagement éco-responsable.
C’est rue d’Aiguillon qu’il ouvre sa première boutique morlaisienne en novembre 1996. La boutique présente une sélection d’objets.

Très rapidement, il est contacté par des marques de mobilier comme Kartell. Il prend conscience de l’existence d’un marché de conseil puis étoffe son catalogue avec des fournisseurs de mobilier comme Ligne Roset, Vitra, Fermob, Gervasoni…de grandes marques européennes qui fabriquent en local.

Un nouvel espace : un chantier écolo

En 2007, c’est l’installation place Allende. Il faut transformer cette succession de petits bureaux en un grand espace, pour lui donner un aspect presque industriel. Yannick recherche à redonner au lieu une certaine forme d’authenticité esthétique : il refuse le placo et la peinture pour laisser le lieu vivre de son passé.

Dans la montée d’escalier, les entreprises proposent de déshabiller les murs de leur vieux revêtement puis de reposer du placo. Yannick Roualec refuse l’utilisation de matériaux polluants ; il va conserver l’aspect des murs tels qu’il les trouve.

En 2007, on parle encore assez peu de recyclage sur les chantiers. La question commence tout juste à se faire entendre dans les médias, mais les habitudes n’ont pas encore beaucoup changé. Le chantier d’Arte Diem est qualifié par la presse « d’exemplaire » au niveau du recyclage des déchets.

Un choix de fournisseurs éco-responsables

« L’objet design, c’est presque toujours un objet économiquement responsable. Mes clients posent parfois la question de la provenance du produit ; je vois récemment émerger une très forte demande sur le MADE IN FRANCE »

Yannick Roualec l’a vraiment ressentie cette évolution, cette prise de conscience écologique des clients. D’année en année, ils ont commencé à poser de plus en plus fréquemment des questions relatives à la traçabilité, aux matériaux utilisés. Aujourd’hui, c’est devenu une évidence : l’objet design est écologique. Mais au delà de ses qualités esthétiques et environnementales, il est désormais question de proximité de fabrication.

Quelques exemples :

Cette bibliothèque KAO est conçue et fabriquée par Drugeot dans du chêne de pays 100% massif en Anjou.

Drugeot, c’est une entreprise familiale en Anjou. Le père déjà, passionné de bois, oriente l’activité de son entreprise vers la fabrication de meubles en bois massif. Ses deux fils, en reprenant l’entreprise en 2000, apportent un nouveau souffle résolument contemporain en faisant appel à des designers français.

La gamme de broches Solar de Constance Guisset, un pur produit français.

80 % des chaussettes Bonne Maison sont fabriquées en France, grâce à un partenariat entre la marque et un fabricant traditionnel français qui a permis de créer un produit de très grande qualité.
Les 20 % restants sont produits en Italie. La marque revendique son éco-responsabilité.

Les produits Andrée Jardin sont fabriqués de façon artisanale à Nantes, avec du bois local, issu de forêts gérées durablement, que ce soit pour le hêtre ou le frêne thermo chauffé.

Omy, c’est l’histoire de deux illustratrices, Elvire et Marie-Cerise. Tous leurs modèles de coloriages XXL sont créés à Paris et imprimés à quelques kilomètres de leur bureau, parce que pour elles, le respect de l’environnement et le soutien de l’économie locale, c’est vital.

Dans la bibliothèque de Yannick Roualec

J’ai demandé à Yannick Roualec de me citer quelques-uns de ses livres de chevet, en relation avec son métier, ses passions. « Tous ces ouvrages apportent un regard différent et purement subjectif sur l’art ou le design ».

La laideur se vend mal de Raymond Loewy, un grand designer d’objet, de publicité, d’automobile. On lui doit notamment le logo de la biscuiterie nantaise LU, des paquets de cigarette Lucky Strike ou bien encore de Monoprix ou l’Oréal.
Collection Tel chez Gallimard
Frederico Zeri décrypte les images pour en donner les plus intimes significations.
Editions Rivages
Panorama de l’Art Contemporain en France de 1960 à 2000, par Catherine Millet, co-fondatrice de la revue ArtPress.
Collection Champs Art chez Flammarion
Autobiographie de Charlotte Perriand, avant-gardiste, qui a signé une série de meubles révolutionnaires qui traversent les époques avec toujours le même succès.
Éditions Odile Jacob

Rencontre de Roland Barthes et Cy Twombly au Café de Flore en 1975, deux textes qui parlent de cet entretien.
Collection Fiction & Cie, Éditions Seuil

Bleuenn Seveno, designer textile bretonne

J’ai longuement discuté un soir avec Bleuenn, au Tempo*. Elle avait lu l’un de mes articles de blog, je crois qu’elle s’est un peu reconnue aussi dans mon histoire personnelle. Elle m’a parlé de patrimoine, d’héritage culturel, de sa vie, de son histoire et de l’influence du patrimoine breton dans son travail. On a décidé de se revoir pour échanger plus longuement.

*Le Tempo est un restaurant-bar situé sur le port de Morlaix. On y mange bien, on y fait toujours de belles rencontres.

Bleuenn Seveno est designer textile, elle est une de ces créatrices en permanente ébullition intellectuelle ; son œil s’attarde toujours, partout, sur ce qui l’entoure. Et ce qui l’entoure, c’est la Bretagne, avec tout ce qu’elle comprend, pas que le vêtement breton, non, ce serait trop réducteur, le motif aussi, la voile de bateau traditionnel, le chapiteau d’un enclos, le bois sculpté d’une cuillère ancienne… elle entend s’en nourrir tout en apportant à son travail une dimension contemporaine, voire intemporelle, parce que Bleuenn a ça en commun avec moi, un goût pour la beauté des choses simples, pour l’élégance qui s’en dégage.

La Bretagne inspire la haute couture

Je connais mal le métier de designer textile. Quant à mes connaissances relatives au vêtement traditionnel breton, elles sont assez limitées.
Bleuenn va m’initier à cette culture, me présenter le travail des créateurs qui s’en inspirent.
Elle évoque Jean-Paul Gauthier, elle me montre des photos de cette fameuse collection dessinée par ce grand nom de la haute-couture ; la maille, la dentelle, le velours, la rayure, la broderie de fil d’or, rien n’est oublié dans ce travail d’orfèvre. Du vêtement traditionnel breton, il a su retranscrire le folklore, l’exubérance des éléments avec des exagérations de volumes ou des contrastes inattendus de matières. Il est comme ça, Jean-Paul Gauthier, il aime ce qui déménage !

« C’est extraordinaire que la Bretagne et le vêtement breton inspirent les plus grands noms , et je ne suis pas étonnée vu la richesse de notre patrimoine ! »

Couverture de la revue Ar Men. Le dossier de ce numéro de mars-avril 2016 porte sur l’inspiration de la culture bretonne dans le design. Alors, oui, évidemment, Jean-Paul Gauthier est un sujet incontournable. Mais Bleuenn Seveno y est aussi mentionnée comme une référence de la mode en Bretagne.

Au gré de la conversation, Bleuenn Seveno me montre le travail de Mathias Ouvrard , Nolwenn Faligot, Pascal Jaouen… on regarde ensemble des photos de leurs créations, on s’attarde un peu sur le travail de Val Piriou.
Avec un nom pareil, elle est forcément un peu bretonne ! C’est la « Lady Bigoude » de la haute couture. Val Piriou est assez méconnue en France, alors qu’elle a acquis une notoriété étonnante au Japon, au Royaume-Uni et en Italie. Son travail allie la modernité des techniques (zip, matières élastiques, lycra, etc.) à des références plus traditionnelles qui viennent agrémenter le vêtement de couleurs et motifs bidoudens. Elle fait parfois usage de matières étonnantes comme la dentelle de corde, le raphia et même le plastique.
En savoir + sur Val Piriou

En 2010, Les Champs Libres consacrent une exposition à la créatrice bretonne Val Piriou.

Bleuenn Seveno, reconnue au Musée Départemental Breton

Le développement récent de la collection textile du Musée a désormais pris en compte la création de stylistes inspirés par les modes traditionnelles (Val Piriou, Pascal Jaouen, Bleuenn Seveno, Mathias Ouvrard, etc.)

Source : site web du musée départemental breton
Les planches d’études de Bleuenn Seveno sont exposées au Musée Départemental Breton à Quimper. Ici, photographie de son travail de recherches de fin d’études datant de la fin des années 90.

Dans les coulisses du Musée Départemental Breton à Quimper, il y a de précieuses archives. En voici deux exemples, ils illustrent avec pertinence l’esprit Bleuenn Seveno : une inspiration puisée dans le vêtement traditionnel, avec des recherches de matières, de textures et de formes empruntées au passé qui trouvent un équilibre harmonieux dans la réalité du présent : un vêtement facile à porter, toujours élégant, qui tient compte des exigences d’une vie moderne.

Tunique bustier avec un top en cache-coeur.
© Bleuenn Seveno – Collections du Musée Départemental Breton
Bustier et jupe modulable. La matière et la couleur de la jupe rappellent les voiles des bateaux traditionnels bretons.
© Bleuenn Seveno – Collections du Musée Départemental Breton

Techniques de fabrication

Le patrimoine passe aussi par des choix de techniques de fabrication traditionnelle. En Bretagne, on est bien attaché au made in France, voire carrément au made in BZH. Alors, il existe des manufactures plus ou moins importantes qui travaillent la maille, Bleuenn les connaît toutes : Le Minor à Guidel, Roc’han Maille à Rohan (Morbihan), Real Stamm à la Regrippière (du côté de Nantes). Un marché sur une voie ascendante qui revendique un maintien de l’emploi en local, qui garantit un savoir-faire traditionnel de qualité, qui développe son activité en accord avec ses valeurs de développement durable.
C’est même tellement porteur que E. Leclerc a créé sa propre marque dans l’Ouest, Breizh Mod, pour laquelle Bleuenn travaille depuis sa création, elle a même toute une page sur le site de Breizh Mod qui lui est dédiée !

Ce pull en laine Mérinos est confectionné selon la technique du point de Rome. Il est fabriqué par Real Stamm, tout près de Nantes à La Regrippière. Selon Bleuenn Seveno, la rayure, c’est l’ADN du pull breton. Elle adore la travailler, la réinventer, la détourner. ©Création Bleuenn Seveno pour Breizh Mod, Photographie de Maïwenn Nicolas.

Dans la bibliothèque de Bleuenn Seveno

Voici quelques ouvrages de référence que Bleuenn Seveno a décortiqués de long en large !

Le Costume Breton- R-Y Creston, Editions Tchou
Le Minor-Armel Morgant, Editions Coop Breizh.
Seiz Breur – Editions Locus Solus.
Costumes Bretons – François Hippolyte Lalaisse. Editions Bibliothèque de l’Image

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