L’implantation de Citroën à Rennes

Ci-dessus, la Janais. Photographie prise le 26 janvier 1963 par Heurtier. L’Ami 6 est la première voiture fabriquée à Rennes. Source : portail documentaire du musée de Bretagne

On l’a vu récemment dans la presse, la Région Bretagne fait campagne pour inciter à “passer à l’ouest”, changer de vie, travailler autrement, dans un cadre différent. Elle met le paquet sur l’attractivité du territoire. Elle a des atouts culturels, elle offre une qualité de vie exceptionnelle, elle est riche en entreprises innovantes. Dans le domaine industriel en particulier, la Bretagne compte aujourd’hui parmi les régions les plus dynamiques de France.
Retour sur l’histoire récente de l’industrie en Bretagne.


Citroën en Bretagne, la genèse

Au début des années 50, presque tous les constructeurs automobiles français ont leurs usines en région parisienne. Citroën a déjà implanté à Rennes une usine de caoutchouc et de roulements à billes : la Barre-Thomas (1953).

A partir de 1955, l’Etat impose la construction des nouvelles usines en province, avec avantages financiers à la clé. La Bretagne fait partie d’un vaste programme de développement économique : le plan d’aménagement et de modernisation de la région s’élève à 200 milliards d’anciens francs. Seulement, on hésite, car la Bretagne est excentrée ; les infrastructures pour rallier la capitale sont insuffisantes, les trains sont particulièrement lents (pas plus de 100 km/h au début des années 60 entre Rennes et Paris !). Lorsque Citroën cherche un lieu d’implantation, Reims, Amiens, Châlons-sur-Marne et Rennes se portent candidates.
En fin de sélection, c’est Reims contre Rennes.

La région Bretagne a des atouts : elle a de la main d’œuvre à proposer. Le terrain sélectionné est idéalement situé en périphérie, sur une surface gigantesque et quasiment plate : un gros avantage qui évite des travaux de terrassement particulièrement coûteux. Et puis Pierre Bercot, le patron de Citroën a des attaches dans le Finistère. Sa préférence va naturellement à Rennes.

La proximité de la Barre-Thomas jouera également en faveur de la décision finale.

1960, installation de Citroën à La Janais

L’usine de la Janais en 1961, la première usine Citroën implantée en province.
Source Inventaire général, ADAGP

Une concentration de toutes les compétences

En 1960, l’usine de la Janais est inaugurée par le Général de Gaulle. L’année suivante débute la production de l’Ami 6, puis de l’Ami 8 et de l’Ami Super (une version plus puissante de l’Ami 8). C’est une usine de carrosserie et de montage hyper moderne. Le dessin, la conception et la fabrication se font à la Janais, une fierté pour les Bretons qui y travaillent. Dans le reportage suivant (INA), on met l’accent sur la qualité de la main d’œuvre bretonne et sur les opportunités d’emploi : “Mais savez-vous que ces voitures sont l’exemple type du produit breton ?” , “En 1969, 60% des employés sont bretons, et parmi les Parisiens embauchés à l’usine, 30 % sont d’origine bretonne.”
Citroën devient le premier employeur privé de l’agglomération rennaise

Une main d’œuvre d’ouvriers paysans

Beaucoup d’ouvriers sont aussi paysans. Les conditions de travail et la production à la ferme sont bien souvent difficiles, l’agriculture bretonne n’est pas au plus haut de sa forme. Avoir plusieurs emplois est une opportunité pour s’en sortir. Certains abandonnent la ferme pour trouver une stabilité à l’usine Citroën, d’autres combinent les deux emplois en mettant de côté, pour tenter de donner un second souffle à l’exploitation et investir dans du matériel.
Cette main d’œuvre est très appréciée des dirigeants de Citroën : les paysans sont fiables, ils ont des connaissances dans de nombreux domaines, ils sont courageux, ils s’adaptent très facilement.

Une vidéo très intéressante sur les ouvriers paysans de la Janais

L’usine de la Janais en quelques chiffres

  • 24 ha de site industriel
  • 20 km de routes et pistes intérieures
  • 18 voies ferrées pour acheminer les véhicules sur une grand ligne
  • 1 200 véhicules produits aux débuts de l’usine en 1961
  • 6 000 salariés en 1967
  • 14 000 salariés au début des années 80
  • 9 936 salariés en 2000
L’Ami 8, la GS et la Dyane sont produites sur le site de la Janais.

Sources

  • Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne : en savoir +
  • Portail documentaire du musée de Bretagne et de l’écomusée du pays de Rennes : en savoir +
  • Archives de PSA Peugeot Citroën : en savoir +
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