Rencontre avec une famille zéro déchet

Je me souviens, à mon arrivée en Bretagne, en 2004, c’était le début des sacs jaunes. Un monsieur était passé à la maison pour faire un peu de pédagogie et nous expliquer comment trier.
Aujourd’hui, le Finistère Nord est doté d’un centre de tri ultra moderne (Plouédern) qui a la capacité de traiter 30 000 tonnes de déchets par an. Cette quantité non négligeable (correspondant aux déchets de 500 000 habitants) devrait être amenée à baisser dans les années à venir ; la prise de conscience sur le devenir de la planète s’opère petit à petit, les pouvoirs publics communiquent de plus en plus sur les bonnes pratiques à adopter pour réduire son empreinte écologique.
Le zéro déchet en fait partie.

Je suis allée à la rencontre de Sabrina Toudic Foussard, adepte du zéro déchet à la cool. Elle a débuté le défi il y a un peu plus d’un an. Son crédo : inciter et encourager les familles désireuses de passer le cap, sans culpabilité, tout en douceur. Elle m’a reçue chez elle à Plouegat Moysan.

Sabrina Toudic Foussard dans la pièce maîtresse du Zéro Déchet : la cuisine.

Une prise de conscience, le déclencheur

À la naissance de son premier enfant Etann, Sabrina prend conscience de l’importance d’une nourriture saine et équilibrée. Elle se tourne vers les produits Bio, elle commence à préparer des petits pots maison avec des légumes frais. Du coup, elle et son compagnon se mettent eux aussi à manger mieux, entament une réflexion autour de l’agriculture bio, des produits de la filière vendus en grande surface, paradoxalement sur-emballés.
Par ailleurs, Sabrina aime bricoler, fabriquer par elle-même ; d’ailleurs, elle et Nicolas ont construit leur maison tout seuls, en deux ans. C’est dire !
Très active dans les associations locales, Sabrina confectionne des petites décos avec de la récup’ pour les marchés de Noël organisés par l’école.

Les débuts

Sa réflexion fait son chemin. Petit à petit, elle ponctue son quotidien de nouvelles pratiques. Au début, c’est encore un peu timide. Sabrina travaille dans une coopérative agricole, elle y est chargée de communication et très occupée. “J’étais à fond, j’avais besoin de prendre du temps pour moi, de passer à autre chose, de m’investir dans un domaine qui porte mes valeurs, alors j’ai quitté l’entreprise avec la ferme intention de me lancer dans le défi Familles Zéro Déchet”.
Quand Sabrina en parle à Nicolas, sa première réaction est plutôt réticente. Il craint le côté excessif “écolo dingo”.

Début 2019, la famille Toudic-Foussard est dans les starting-blocs : elle reçoit les conseils de Morlaix Communauté qui va l’accompagner pendant six mois. “Au début, on fait un bilan, un état des lieux avec nos habitudes ; nos déchets font l’objet d’une première pesée, par contenant : vert, jaune, noir. On nous donne des conseils”.
Pendant cette période, Sabrina s’inscrit aussi aux ateliers proposés par Morlaix Communauté : le goûter zéro déchet, la découverte des plantes, la fabrication des cosmétiques…

Six mois plus tard, le conseiller revient, pèse de nouveau les déchets. “Il y a un côté challenge, on s’est pris au jeu, en famille, et Nicolas qui était le plus réticent d’entre nous a complètement changé ses habitudes, sans s’en rendre compte.”

“Ce qu’on aimerait dire aux gens qui hésitent, c’est qu’il faut faire petit à petit, gentiment, avancer à son rythme en conservant ses libertés”

Une démarche globale

Changer sa manière de consommer

La famille Toudic entreprend de supprimer les emballages, et pour cela il faut consommer différemment : “On a commencé à acheter en vrac ; j’ai appris dans un atelier de Morlaix Co à fabriquer des sacs en toiles pour mettre mes achats de légumes et puis j’en ai acheté de plus petits, dans lesquels je mets des aliments secs comme la semoule, les lentilles.”

Un sac fabriqué par Sabrina lors d’un atelier aux Chiffonniers de la Joie.

A la maison, il suffit ensuite de verser les aliments dans un bocal. Le verre, c’est sain et durable, d’ailleurs chez Sabrina, il y en a un peu partout dans les placards.

“C’est une organisation différente, mais on s’y fait vraiment très vite !”

Quand Sabrina part faire ses courses, elle prend son cabas : il contient une bouteille en verre pour acheter du jus de pomme ou du vinaigre, des sacs en toile pour les légumes. Parfois, elle fait son propre jus de pomme.
Le lait, elle l’achète tous les samedis à la ferme, en pot de 5 litres. Elle privilégie toujours le commerce ultra local pour favoriser les circuits courts.
Et puis, il y a les animaux, quand on habite à la campagne ce serait dommage de s’en priver, et en plus, c’est drôlement efficace pour plein de choses : les poules mangent toutes les épluchures de légumes et donnent des œufs, avec lesquels on peut faire des gâteaux, des crêpes, des gaufres… terminé les biscuits emballés !
Les chèvres tondent la pelouse : plus de tondeuse, plus de déplacements aux lieux de collecte des déchets verts.

Je suis accueillie par trois chèvres et quelques poules rousses qui semblent s’entendre à merveille. Les poules ont coûté 2 € ; ce sont des poules de réforme. Au bout d’un an, les éleveurs s’en débarrassent, jugées trop vieilles ou moins productives. Si on leur donne du grain, elles continuent de pondre sans problème. Et quand elles pondront moins, elles seront toujours très friandes des épluchures.

Changer ses produits d’entretien et de cosmétique

Une maison saine, c’est aussi une maison qui se vide des innombrables flacons et autres contenants. L’entretien de la maison se fait avec un produit unique composé de vinaigre blanc et de quelques gouttes d’huile essentielle de lavande. Un flacon en spray à chaque étage et zou !

Pour la salle de bain, Sabrina a opté pour le shampoing sec et le savon traditionnel de Marseille : ça dure longtemps et il n’y a plus d’emballage.
Le dentifrice, c’est de l’huile de coco, hyper efficace.

“Paol, qui n’a que cinq ans, est toujours au dentifrice à la fraise acheté en grande surface, on avance à petit pas, sans se prendre trop la tête, sans culpabiliser. Quand il sera prêt, on aura franchi une petite étape supplémentaire. Je crois que c’est comme ça qu’il faut faire pour passer le cap en douceur !”

Sabrina est la seule femme de la maison ; pour ses protections menstruelles, elle a choisi la serviette en tissu.
“Ce n’était vraiment pas le cap le plus facile à passer mais j’en ai trois ; ce n’est pas suffisant, il faut que j’investisse dans deux voire trois de plus. Je les lave à la main pendant la période et en machine après. J’ai deux serviettes et une culotte Réjeanne que je trouve vraiment super bien”.

Nicolas fabrique son propre gel, avec de l’eau, de la gélatine alimentaire, un peu d’huile essentielle pour parfumer légèrement. Il a aussi instauré la lessive de cendre : “On récupère la cendre du poêle, on la met dans un récipient avec de l’eau, on laisse tomber la cendre, on filtre, on ajoute quelques gouttes d’huile essentielle de lavande et le tour est joué. Ça marche aussi bien qu’une lessive industrielle et c’est quasiment gratuit”.

Le zéro déchet, ça change quoi ?

Sabrina est très objective sur la question. Ce n’est pas toujours facile d’entamer cette démarche, de s’y tenir. Le jugement des autres est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à gérer. “Au début, on m’appelait Madame Bio, c’était assez moqueur et en plus très réducteur, et puis les amis se sont habitués ; la plupart font aujourd’hui des gestes quotidiens pour diminuer leur impact sur l’environnement. On en a même qui viennent de commencer le défi !”.

Mais les bienfaits sont immédiatement palpables. Pour Sabrina, on se concentre sur l’essentiel, on se sent bien chez soi, on vit différemment avec un objectif : le bien-être. Et puis, on est heureux et fiers de soi.

“On se sent mieux, on a fait du vide dans la maison, ça fait un bien fou !”

Dans la bibliothèque de Sabrina

Famille Zéro Déchet, ZE Guide. Jérémie Pichon. C’est le livre de chevet de toute famille désireuse de débuter le défi ! Ça déculpabilise avec humour et donne des conseils vraiment judicieux !
Thierry Souccar Édition
Secrets et Vertus des Plantes Médicinales.
Le zéro déchet passe aussi selon Sabrina par la médication. Elle a appris à utiliser les plantes pour soigner les petits bobos. L’huile de Thym ou d’ail sont particulièrement efficaces pour soigner les petites infections virales.
France Loisirs
Des Légumes toute l’année.
Sabrina et Nicolas ont investi dans une serre où ils font pousser toutes sortes de légumes.
Rustica Édition