Plougasnou, ville médaillée de la Résistance

Plogasnou

En mars 1947, Plougasnou reçoit la médaille de la Résistance. Elle a été instituée à Londres par le général de Gaulle dès février 1943 et récompense 18 villes qui depuis se passent le drapeau d’année en année, pour ne pas oublier.
Le 12 septembre prochain, c’est Plougasnou qui le recevra, l’occasion pour Nathalie Bernard et son équipe de marquer leur attachement à l’histoire de la commune et leur engagement à perpétuer la mémoire de celles et ceux qui jadis résistèrent.

La municipalité a souhaité réaliser un chemin mémoriel, avec la réalisation de panneaux de signalétique interprétative qui racontent ces histoires singulières de toutes ces femmes et ces hommes, pour que leurs actes et leurs noms ne soient jamais oubliés.

Les étapes d’un travail de valorisation

Le document de travail initial a mobilisé un groupe de bénévoles engagés, des citoyens de Plougasnou très impliqués dans l’histoire de la commune. Ils ont réalisé ensemble un document d’une cinquantaine de pages, rassemblant toutes leurs recherches sur le sujet de la Résistance à Plougasnou.

J’interviens à ce moment là…

Sur le terrain pour s’imprégner du sujet

Phase n°1
Pour travailler sur un sujet aussi important, aussi délicat que la Résistance, la déportation, la violence d’une guerre encore présente dans les esprits, il faut aller s’imprégner des lieux. J’ai sollicité le groupe de travail qui m’a fait la visite du futur parcours, site par site. C’était vraiment passionnant et ça m’a permis de visualiser, de rendre le parcours plus concret.
Ensuite, j’ai rencontré Loïc Créach (du service Espaces Naturels et Paysages du Conseil départemental du Finistère) et Benjamin Urien (Responsable du service Cadre de vie et Biodiversité à Morlaix Communauté) ; ils devaient se rendre dans les blockhaus de Saint-Samson pour effectuer le comptage des chauve-souris, espèces protégées qui nichent dans ces constructions sous terre. Ils m’ont autorisée à les accompagner. Ces bunkers ne sont pas accessibles au public pour des raisons de sécurité, c’était une occasion de les découvrir.
J’ai fait des photos, puis de retour au bureau, j’ai griffonné quelques croquis et des plans.

Décortiquer les documents

Phase n°2
Ensuite, j’ai travaillé sur la lecture du document de travail, noté tous les modes de présentation que je pouvais envisager pour mettre en valeur ce travail de recherche : cartes ou plans de situation, frise chronologique, dessins et schémas. Puis j’ai fait le tour de l’iconographie fournie par le groupe de travail : beaucoup d’images d’archives familiales, très petites et qui avaient pour certaines beaucoup souffert, des plans d’architectures difficiles à décortiquer pour le grand public. J’allais avoir un gros travail iconographique à réaliser : retouche des photographies anciennes, réalisation de schémas simplifiés des bunkers, création de dessins d’interprétation pour les images manquantes.
Au delà de l’aspect informatif d’une image, il m’a semblé indispensable d’apporter – par le dessin – une dimension émotionnelle.

Une des illustrations du livret PARCOURS, une gouache représentant un prisonnier.

Les panneaux de signalétique interprétative

Phase n°3
Avec les contenus fournis par le groupe de travail, j’ai proposé une réorganisation des informations ; certains panneaux étaient prévus en double, d’autres manquaient de contenus, j’ai enquêté, posé des questions, rédigé, dessiné, mis en page.
Pour l’implantation des panneaux, je suis retournée sur le terrain pour voir avec l’architecte des Bâtiments de France et les animateurs du Pays d’Art et d’Histoire quelles solutions s’offraient à nous, quels types de supports nous étaient imposés, quelles couleurs pour les pupitres…

Le livret Parcours

Phase n°4
Au départ, il n’était question que du parcours, des panneaux de signalétique interprétative. Mais ça me semblait incomplet : j’ai proposé d’ajouter deux livrets d’accompagnement à la visite, un pour les adultes, un pour les enfants (8-12 ans). Il fallait à mon sens dessiner un contexte plus général, régional, voire national pour apporter de la lumière à l’histoire des résistants de Plougasnou. Dans quel contexte historique se sont-ils engagés pour libérer leur ville ? C’est quoi la différence entre un camp de concentration et un camp d’extermination ? Pourquoi y a-il des fortifications militaires à Plougasnou ? C’est quoi le mur de l’Atlantique ? La délation sous l’occupation ?
Je me suis lancée dans un long travail de recherches d’informations, d’iconographie, de demandes d’autorisations d’usage des images en France, en Allemagne, suivi d’un gros travail rédactionnel. Passionnant !

Un tobrouk en ville, Archives de Brest

J’ai soumis le document pour une relecture attentive à des experts, à des historiens, l’occasion pour moi de remercier mes parents (tous les deux historiens de formation), Guillaume Lécuillier, chargé d’étude d’inventaire du patrimoine à la Région Bretagne, et Alexandra Le Dreff et Loïc Quéméner du Pays d’Art et d’Histoire. Tous ont apporté une contribution enrichissante !

Voir tous les dessins du livret PARCOURS

Le livret Explorateur

Phase n°5
L’objectif de ce travail, c’était bien sûr aussi participer à ce qu’on appelle le devoir de mémoire : et ça a du sens d’inclure les plus jeunes. Les derniers combattants de la Seconde Guerre Mondiale disparaissent. Si ma génération est encore très sensible au sujet, parce que nos grands-parents ont vécu cette époque dramatique, qu’ils nous en ont fait le récit, nos enfants le sont peut-être moins. Or, ils doivent devenir à leur tour le relais de ces témoignages.

Un design attractif, une conception des contenus, un style rédactionnel adaptés, c’est ce que je propose dans ce document pour que cette partie sombre de l’histoire soit accessible aux 8-12 ans.


J’ai conçu le document de A à Z, pendant le confinement ; c’était pratique, j’avais mes propres enfants pour dialoguer. Je me souviens à table un soir, j’étais embêtée : comment représenter la torture en image pour des 8-12 ans ? J’avais griffonné quelques croquis rapides dans la journée, mais ils étaient très durs, très violents. Je voyais bien que ça n’allait pas du tout ! L’une de mes filles m’a donné la solution : « Dessine le manoir où se sont passés les faits façon BD et ajoute une bulle qui donnera l’information, comme un AAAAAAHHHHH ! « .

Un petit clic sur les couvertures pour découvrir les livrets dans leur intégralité.
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Voir tous les dessins du Livret EXPLORATEUR

Phase n°6
Bien choisir ses prestataires, en local, c’est une question de bon sens !
Préparer les fichiers, gérer le suivi de fabrication auprès de 4 fournisseurs différents ce qui rend la phase n°6 assez délicate : il ne faut rien négliger !

J’ai choisi de travailler avec des fournisseurs accessibles, qui m’appellent en cas de problème, qui me conseillent quand j’ai une interrogation sur un matériau, une découpe. C’est l’assurance d’un travail de qualité et d’un rendu à la hauteur du patrimoine.
Merci à Le Friant Publicité à Garlan pour les panneaux en dybon, Intersignal pour les plaques en lave émaillée (Pommeret dans les Côtes d’Armor), l’Imprimerie de Bretagne (Morlaix) et le Département du Finistère (pour la fabrication des panneaux du site Natura 2000 de Saint-Samson).

Des sources pour les enseignants

Quelques pistes bibliographiques ou cinématographiques pour bien aborder la période de la guerre, la Résistance et la Déportation avec les primaires, collégiens et lycéens.


Pour les élèves de primaire : « Les grandes Grandes Vacances » avec les Cahiers d’Ernest et Colette 1939-1944 (une retranscription d’un cahier d’écolier pendant la guerre), la BD est aussi agréable à feuilleter. Les aventures d’Ernest et Colette existent aussi sous forme de roman (avec quelques illustrations) et de DVD très accessibles pour le jeune public.


Pour les enseignants, je recommande cette petite collection vraiment très bien faite avec deux références incontournables : « L’Occupation expliquée à mon petit-fils » de Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la France sous l’Occupation et « La Résistance expliquée à mes petits-enfants » de la grande figure féminine de la Résistance Française, Lucie Aubrac.


Pour les collégiens, deux références en bande-dessinée : Irena qui raconte l’histoire d’une héroïne de la Résistance dans le ghetto de Varsovie et Les enfants de la Résistance qui met en scène le courage d’adolescents pendant l’Occupation allemande.


Pour les lycéens : le très émouvant film de Louis Malle « Au Revoir les Enfants » qui raconte l’histoire d’enfants cachés par leurs enseignants. Maus, d’Art Spiegelman, la barbarie sous la forme animale, dessinée avec une grande justesse et l’incontournable Stalag II B de Jacques Tardi qui raconte l’histoire de son père déporté.

Télécharger la fiche de références


Voilà un long travail de plusieurs mois qui vient de s’achever ! J’ai pris un plaisir immense à travailler sur ce dossier !
Si vous aussi, vous souhaitez mettre en valeur l’histoire de votre commune, son patrimoine ou sa culture, appelez-moi !



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